Burning Feet

Photographie : G. Batardon

La Compagnie Burning Feet a été créée en 2019 autour d’un premier projet, Ceci est une Rencontre. Sous l’impulsion de Marthe Krummenacher, Directrice artistique, et coproduit par l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC, Genève), cette première création a concrétisé les propositions artistique, esthétique et éthique qui guident aujourd’hui encore son travail : des rencontres parfois éclectiques entre des artistes venus d’univers différents (danse contemporaine, musique, art contemporain), la recherche méticuleuse d’un espace d’improvisation dans lequel une rencontre artistique devient possible, l’exploration et le questionnement de ce qui fait notre lien à l’autre, de ce qui l’anime ou l’empêche, dans le monde tel que nous le percevons.

Ces préoccupations se reflètent à la fois dans la méthode créative de Marthe Krummenacher, qui excelle à établir un climat très participatif dans lequel chacun·e peut donner le meilleur de son art, et dans la proposition que chaque spectacle adresse à son public. C’est un lieu d’Erlebnis, d’expérience existentielle, qui est offert au spectateur par cet art qui à la fois touche et pose question, un art qui a la délicatesse de s’arrêter, toujours, avant d’imposer une réponse.

Créations en cours / dernière création

LE CHANTIER

Marthe Krummenacher place l’improvisation et la liberté de créer à plusieurs au coeur de sa démarche. « Tant qu’il y a des gens, il y a de l’inspiration » serait un peu sa devise. Consacrée Danseuse exceptionnelle par les Prix suisse de danse en 2017, Marthe Krummenacher est une interprète de haut vol, aussi formidable improvisatrice. Elle a dansé pour des chorégraphes de renom à l’enseigne d’un William Forsythe, brasseurs d’idées conviant autour de lui auteurs, penseurs, philosophes et aimant mettre le danseur au service de la pensée. Or pour celle qui aspire le plus souvent à créer sur un mode collaboratif, il importe de placer tout le monde sur un pied d’égalité. Peut-être parce que sa carrière l’a fait évoluer dans un monde hiérarchisé où les rapports horizontaux n’étaient pas de mise, Marthe Krummenacher désire aujourd’hui offrir d’autres alternatives aux interprètes. Il s’agit bien ici d’expérimenter, en passant par le médium de l’improvisation, le plus intéressant à ses yeux, sans hiérarchie, ni quête de virtuosité, où chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Les danseurs

Tous les danseurs invités par Marthe Krummenacher entretiennent un lien fort avec Genève, dont le terreau est particulièrement riche sur le plan chorégraphique. Certains ont étudié ensemble au Ballet Junior, d’autres se sont établis à l’étranger. « C’est une écologie, il fallait des gens d’ici pour faire travailler le tissu genevois », souligne Marthe Krummenacher. L’initiatrice du projet a réuni des interprètes de générations différentes, tous familiers du travail de groupe. Le collectif comprend également trois jeunes artistes rencontrés à La Manufacture : Alexia Casciaro, Audrey Dionis et Pierre Piton. Quant à Anja Schmidt, Sarah Ludi et Fabrice Mazliah, ils mènent une carrière internationale depuis une trentaine d’années et ont travaillé partout en Europe ; ils possèdent en outre une grande maîtrise de l’improvisation. Marthe Krummenacher, Raphaële Teicher, Ioannis Mandafounis et Pierre Pontvianne appartiennent pour leur part à une génération intermédiaire, qui danse sur les scènes depuis vingt ans. Au-delà de leur personnalité forte et de leur talent, tous les danseurs connaissaient déjà au moins un, voire deux membres de l’équipe. Ces liens demeurent essentiels pour se sentir bien ensemble et être stimulé par le désir de se retrouver.

Les musiciens

Approché par Marthe Krummenacher, Cyril Yeterian, fondateur du label genevois Bongo Joe, a choisi une palette de musiciens locaux pour se confronter aux danseuses et danseurs, une pratique déjà éprouvée par certains, nouvelle pour d’autres. Il s’est entouré de six polyinstrumentistes rares, sachant se surprendre et se renouveler en permanence, capables de réinventer chaque soir une proposition dans le présent d’une rencontre inédite avec les danseurs : la batteure, guitariste et chanteuse Simone Aubert et le contrebassiste Vincent Bertholet d’Hyperculte ; le percussionniste Cyril Bondi ; le musicien Guillaume Lagger, à l’harmonica ou au clavier ; la violoncelliste Naomi Mabanda, qui joue avec ses boucles musicales ; l’artiste sonore Julie Semoroz, ainsi que le bassiste Louis Schild. Les musiciens ne partent pas de partitions écrites, tout comme Marthe Krummenacher ne s’appuie pas sur des styles de danse pour démarrer des improvisations. Chaque performance est une réelle mise en danger. Une expérience qui stimule la créativité des musiciens, cultivant ici leur grand art de la « débrouille musicale ».

textes — Cécile Dalla Torre 

images — Nick krummenacher

Opus Air Box

Photographie : N. Krummenacer

Opus Air Box propose une expérience à la fois intellectuelle et émotionnelle en questionnant notre expérience quotidienne d’un monde dans lequel l’information et les media audiovisuels sont omniprésents. Dans cet incessant brouhaha qui fait office de toile de fond de nos existences, quel espace, quelle temporalité sont ceux de la rencontre entre deux personnes ?

62 postes de radio sont suspendus, posés sur l’espace scénique, dissimulés sous des sièges, de manière à immerger spectateurs et artistes. Ces radios diffusent aléatoirement des extraits sonores : discours politiques, publicités, interviews d’artistes célèbres, répliques cultes, voix d’enfants, cris de foule, chants d’oiseaux, extraits musicaux. Tout le bruit du monde s’invite dans la salle en laissant, de temps à autre, un silence s’immiscer, un moment de répit.

C’est dans ce contexte que les rencontres s’opèrent, non sans heurts – rencontre entre le spublic et les artistes, entre la danse de Marthe Krummenacher et le chant de Chloé Bieri, entre le corps et la voix. Adviennent-elles toujours ? Quelles répercussions ont-elles sur le bruit du monde – ou sa perception ? C’est à cette aventure qu’Opus Air Box convie son public… et ses artistes.

Photographie : N. Krummenacher

Productions réalisées / en tournée

Ceci est une rencontre

Ceci est une Rencontre est initialement un format élaboré et expérimenté par Marthe Krummenacher entre 2011 et 2018 : il s’agissait d’improviser en duo avec un·e musicien·ne avec le·a·quelle elle n’avait jamais collaboré auparavant. En 2019, l’ADC (Genève) a accueilli une performance collective menée sur plusieurs jours, avec l’ambition de créer un spectacle entre musique et danse devant les yeux d’un public. Ce ne sont pas moins de 10 danseur·se·s et 7 musicien·ne·s qui ont ainsi travaillé sur la scène de l’ADC, réunion d’artistes de haut vol pour cinq représentations uniques.